Livres

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Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, « La couleur des idées », 2014

Économie de l’attention, incapacité de se concentrer, armes de distraction massive, googlisation des esprits : d’innombrables publications dénoncent le déferlement d’images et d’informations qui, de la télévision à Internet en passant par les jeux vidéo, condamnerait notre jeunesse à un déficit attentionnel pathologique.  Cet essai propose une vision d’ensemble de ces questions qui prend à contre-pied les lamentations courantes. Oui, la sur-sollicitation de notre attention est un problème à mettre au cœur de nos analyses économiques, de nos réformes pédagogiques, de nos réflexions éthiques et de nos luttes politiques. Mais, non, l’avènement du numérique ne nous condamne pas à une dissipation abrutissante. Comment rediriger notre attention ? À quoi en accorder ? Faut-il que chacun apprenne à « gérer » ses ressources attentionnelles pour être plus « compétitif » – ou faut-il plutôt nous rendre mieux attentifs les uns aux autres ainsi qu’aux défis environnementaux (climatiques et sociaux) qui menacent notre milieu existentiel ? Ce livre défend la seconde voie. Il pose les fondements d’une écologie de l’attention comme alternative à une suroccupation qui nous écrase. Il espère que vous trouverez le temps de le lire…

Pour une interprétation littéraire des controverses scientifiques, Versailles, Éditions Quae, collection « Sciences en Questions », 2013, 171 p.controverses

Comment les scientifiques peuvent-ils participer aux controverses dont font l’objet certains développements techniques ? En injectant une sensibilité littéraire dans cette participation. Telle est la thèse de cet ouvrage. Au travers d’illustrations telles qu’un poème d’Henri Michaux ou une déclaration de faucheur volontaire d’OGM, Yves Citton examine comment les scientifiques peuvent participer aux débats publics et civils et contribuer à sortir de la confrontation des disciplines, des domaines et des opinions.

 

 

Gestes d’humanités. Anthropologie sauvage de nos expériences esthétiques Paris, Armand Colin « Le temps des idées », 2012, 224 p.gestes-d-humanite

Nos gestes en savent et en font plus que nous. Parce qu’ils se situent à l’interface entre nous et les autres, ils font émerger – à travers nous – des processus constituants qui dépassent nos intentions et notre rationalité conscientes. Parce qu’ils sont visibles à autrui, ils insèrent leur mouvement dans une dynamique collective qui déjoue les illusions de notre souveraineté individualiste. Parce qu’ils peuvent investir cette visibilité de la force de transformation propre à la feintise, ils ouvrent des perspectives capables de repousser les limites de la réalité.
Au carrefour d’une anthropologie « sauvage » et d’une archéologie des médias, cet essai envisage nos expériences esthétiques en termes de gestualités affectives, immersives, critiques, créatives et finalement mystiques. Il caractérise notre époque historique par une tension conflictuelle entre les programmations déshumanisantes qui la pénètrent toujours plus intimement (à grands renforts de machines informatiques et bureaucratiques) et les inflexions gestuelles qui constituent le réceptacle de nos humanités. Si nous devenons nous-mêmes en apprenant à habiter gestuellement ce qui nous occupe, alors c’est de ces gestes d’humanités que dépendent à la fois l’avenir de nos cultures et la poursuite de notre humanisation.

 

 

Renverser l’insoutenable, Paris, Seuil, 2012, 215 p.

Dictature des marchés, politiques d’austérité, inégalités sociales, catastrophes eninsoutenablevironnementales, crises démocratiques : de toutes parts nous arrivent les signes de la fin d’un monde caractérisé par des pressions insoutenables. Yves Citton ébauche un nouveau vocabulaire politique pour renverser cet insoutenable à la fois environnemental, éthique, social, médiatique et psychique. À la croisée de multiples (in)disciplines, cet essai drôle et enlevé prend le contre-pied du misérabilisme ambiant en révélant que le renversement de l’insoutenable est déjà inscrit dans les dynamiques collectives de nos gestes les plus communs. Il esquisse une politique des gestes qui prend sa source entre ces deux questions : Comment faisons-nous pression sans le vouloir ? Comment faire pression en le voulant ?

Attentif au rôle de l’image et à la circulation des discours, Yves Citton livre ici les moyens de repenser notre place et notre action dans des processus sociaux dont la complexité nous dépasse. Il montre que l’on peut tirer parti des dispositifs médiatiques plutôt que de les subir et que, une fois fait le deuil du Grand Soir, l’urgence est de proposer des alternatives à la politique du pire.

 

 

Zazirocratie. Très curieuse introduction à la biopolitique et à la critique de la croissance, Paris, Editions Amsterdam, 2011, 380 p.228476~v~Zazirocratie___Tres_curieuse_introduction_a_la_biopolitique_et_a_la_criique_de_la_croissance

En 1761, Charles Tiphaigne de la Roche, obscur médecin normand, publie L’Empire des Zaziris sur les humains ou la Zazirocratie. Il ne se doute pas que, deux siècles et demi plus tard, son oeuvre serait lue comme une géniale radiographie des ambivalences de nos régimes biopolitiques : les Zaziris, ce sont tous les simulacres qui mobilisent nos désirs vers la Croissance de nos économies consuméristes ; la Zazirocratie, c’est un régime qui épuise nos vies à force de vouloir les enrichir. Ce livre propose une interprétation jubilatoire de cet auteur injustement oublié qui, dès 1760, avait  » anticipé  » la photographie, la télésurveillance globale, l’hyper-réalité, la digitalisation, les phéromones et les nanotubes. A travers un détour historique et littéraire, ce curieux voyage offre une introduction enjouée à l’analyse biopolitique des sociétés contemporaines. Il esquisse une vision du monde qui tient à la fois de la voyance et de la cartographie, pénétrant les logiques constitutives de notre monde de flux. Il fait surtout apparaître que notre imaginaire de la Croissance est hanté par un modèle végétal qui nous aveugle à la tâche primordiale de notre époque : non tant abattre l’idole de la Croissance que se donner les moyens de l’arraisonner et de la réorienter.

 

 

L’Avenir des Humanités. Économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ? Paris, Éditions de La Découverte, 2010, 203 p.,avenir

En parlant de « communication », de « société de l’information » ou d’« économie de la connaissance », on laisse souvent penser que le savoir se réduit à une masse de données segmentées, isolées, brevetables et commercialisables comme n’importe quelle marchandise.
Devant cette vision appauvrie et sclérosée, Yves Citton renverse la perspective et révise notre imaginaire du savoir. Il montre que les Humanités, souvent considérées comme poussiéreuses voire inutiles, cultivent une compétence incontournable, celle de l’interprétation. Très loin de la simple « lecture » automatisée d’informations computables, revêche à toute réduction économiste, l’interprétation est une activité qui demande à être cultivée par un soin très particulier. La dynamique propre à ce geste diffus dans toutes nos pratiques est faite de tâtonnements, d’errances et d’erreurs, de suspens, de sauts, de bifurcations, de rencontres – où l’intuition (esthétique) joue un rôle aussi important que la systématicité (scientifique).
Devant l’emballement de la course au profit, l’exacerbation des inégalités sociales et le mur écologique qui nous font face, affirme Yves Citton, une reconsidération des Humanités est indispensable pour quiconque se préoccupe de l’avenir de l’humanité.

Traduit en italien par Isabella Mattazzi : Future Umanità. Quale avvenire per gli studi umanistici ?, Palermo, Duepunti edizioni, 2012.www.inmondadori.it

Quando parliamo di “comunicazione”, di “società dell’informazione” o di “economia della conoscenza” siamo spesso portati a credere che il sapere si riduca a un insieme di dati circoscritti, brevettabili, immediatamente spendibili nel mercato della nostra quotidianità.
Di fronte a questa visione estremamente riduttiva della conoscenza, Yves Citton propone invece una radicale revisione del concetto di sapere e delle sue diverse articolazioni. Le discipline umanistiche, spesso considerate “inutili” – fanalino di coda del sistema politico-educativo contemporaneo – sono l’unico luogo in cui sembra possibile sviluppare e mettere in gioco una competenza del tutto essenziale per la nostra società contemporanea: l’interpretazione. Radicalmente differente dalla semplice attività di “lettura”, il gesto interpretativo offre infatti una condizione privilegiata di incontro e sintesi tra intuizione (estetica) e sistematicità (scientifica), tra immediata evidenza del dato testuale e autonomia critica del soggetto. Ma soprattutto, il gesto interpretativo sembra essere l’unica attività capace oggi di promuovere l’emergere di nuove credenze emancipatrici, miti utili, nuove narrazioni condivise. Di fronte all’esasperazione della disuguaglianza sociale e al baratro ecologico che ossessionano la nostra società contemporanea, future umanità non è infatti, semplicemente un brillante saggio di teoria letteraria, ma il provocatorio appello a una riconsiderazione della Cultura umanistica come il più potente strumento di salvezza per l’avvenire stesso dell’umanità.

 

 

Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche, Paris, Éditions Amsterdam, 2010, 221 p.mytho

À en croire une histoire qui court, la démocratie aurait été corrompue par un mal insidieux, transformée en régime somnambulique par l’omniprésence d’histoires et de mythes, complaisamment véhiculés par des médias lénifiants. De « pouvoir du peuple », elle serait devenue règne de la fable : mythocratie. Pour sortir de la dénonciation impuissante, il faut renverser le problème. S’il est nécessaire d’analyser le « doux pouvoir » (softpower) qui conduit nos conduites dans les sociétés mass-médiatiques, il importe moins de condamner ses opérations que d’apprendre à en tirer des instruments d’émancipation. Au premier rang de ces instruments, il y a le mythe lui-même : c’est la puissance (émancipatrice) du récit – la mythocratie – qu’il nous faut comprendre et utiliser. Cela implique d’abord de se doter d’une théorie du (doux) pouvoir – dont deux chapitres de cet ouvrage esquissent les bases, inspirées de Spinoza, Tarde ou Foucault. Cela demande ensuite de défini rune dimension très particulière des pratiques humaines, un pouvoir de scénarisation à travers lequel nos récits et nos gestes conditionnent les comportements libres d’autrui en les inscrivant dans une trame narrative. Cela conduit enfin à se doter d’un imaginaire politique reformulé, qui définisse de nouvelles tâches, de nouveaux modes d’intervention et de nouveaux styles de parole.

Au carrefour de la philosophie politique, de l’anthropologie et de la théorie littéraire, ce livre mobilise une myriade de mythocrates, d’Eschyle à Wu Ming, en passant par Diderot ou Sun Ra. Il est écrit pour tous ceux qui, aujourd’hui, ressentent le besoin d’un grand virage à gauche – tout en sachant que « la gauche » reste plus que jamais à réinventer.

 

 

Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, Paris, Éditions Amsterdam, 2007, 364 p.lire

Pourquoi étudier aujourd’hui des textes littéraires rédigés il y plusieurs siècles ? Pour quoi faire ?

Ou, comme le demandait le candidat Sarkozy : pourquoi le contribuable devrait-il financer des études de Lettres ? Pourquoi faut-il dire qu’il n’y a pas d’interprétation fausse ? que ce sont les lecteurs qui font les textes ? qu’une oeuvre n’est pas un objet, mais un événement ? que la fiction fraie réellement les voies d’un autre monde possible ? que la littérature propose la gymnastique mentale la plus marketable à l’âge du capitalisme cognitif ? que le jazzman doit servir de modèle au professeur des universités ? que l’interprétation littéraire est le meilleur moyen de récuser les fondements cachés du sarkozysme ?
C’est à de telles questions que s’efforce de répondre ce livre qui se présente à la fois comme une intervention politique, comme un appel à une rénovation des études littéraires (fondé sur la théorisation serrée de ce qu’une lecture actualisante des textes du passé peut apporter dans le monde d’aujourd’hui) et comme un essai d’ontologie herméneutique (plaçant l’interprétation au coeur de la puissance constituante des existences humaines). À la suite d’un parcours argumentatif vigoureux, sa conclusion est que loin d’être condamnées à rester une discipline poussiéreuse, les études littéraires peuvent devenir le lieu d’une indiscipline exaltante, en plein centre des débats les plus brûlants de notre actualité.

 

 

L’envers de la liberté. L’invention d’un imaginaire spinoziste dans la France des Lumières, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, 585 p. – Lauréat du Prix Rhône-Alpes du livre 2007 (catégorie Essais)envers

Qu’est-ce donc que cette liberté à laquelle nos sociétés modernes –  » libérales  » – font si souvent référence ? Que penser des  » préférences  » des électeurs et des consommateurs, dans un monde baigné de conditionnements publicitaires et médiatiques ? Ce livre invite à réévaluer de telles questions à partir d’un double décalage. Un décalage conceptuel, qui approche la liberté à partir de son envers : le déterminisme. Un décalage temporel, qui recadre les problématiques  » libérales  » dans le contexte de leur émergence historique à l’époque des Lumières. Pour définir les bases d’une liberté qui ne s’aveugle pas aux conditionnements naturels et sociaux, cet ouvrage propose d’explorer la tradition de pensée qui a été tenue pour l’ennemi le plus radical du libre arbitre, le spinozisme, tel qu’il s’est développé en France entre 1670 et 1790. Cette vision émergente du monde est présentée dans sa dimension imaginaire, avec des outils littéraires et sur une base volontairement indisciplinaire. Le tout avec pour ambition d’instaurer un dialogue permanent entre les textes d’hier et les problèmes d’aujourd’hui. Quinze brefs chapitres proposent une reconstruction méthodique de l’ensemble du système spinoziste, depuis ses fondements métaphysiques jusqu’à ses conséquences esthétiques, en passant par ses implications épistémologiques, psychologiques, éthiques et politiques – le livre constituant une introduction très accessible à la pensée de Spinoza, traduite de son latin géométrique dans le beau français des salons.

 

 

Portrait de l’économiste en physiocrate. Critique littéraire de l’économie politique, Paris, L’Harmattan, 2001, 348 p. physio

Deux dialogues traversent l’ouvrage. d’une part, on confronte la construction théorique ébauchée par les physiocrates aux critiques suscitées dès l’époque par les tendances  » despotiques  » de leur méthode. D’autre part, on relit les querelles du XVIIIè siècle à la lumière des débats qui font actuellement rage autour  » du marché « , de la  » pensée unique  » et de la mondialisation. L’originalité de l’approche consiste à esquisser une critique littéraire de l’économie politique.

 

 

 

 Impuissances. Défaillances masculines et pouvoir politique de Montaigne à Stendhal, Paris, Aubier, 1994, 418 p.défaillance

Comment analyser le sentiment d’impuissance politique, largement partagé dans le monde actuel, à la lumière des scènes littéraires de fiasco sexuel ? Après avoir analysé l’angoisse qui dicte la narration (chapitre 1) ainsi que l’explication (chapitre 2) des fiascos sexuels, on se concentre sur trois ensembles littéraires qui ont en commun de faire entrer la défaillance virile en résonance intime avec un sentiment de dépossession affectant la noblesse de l’époque, d’abord chez Montaigne (chap. 3), puis autour de Crébillon fils (chap. 4), et enfin autour de Stendhal (chap. 5).

 

 

En collaboration avec André Wyss, Les doctrines orthographiques du xvie siècle en France, Genève, Droz, 1989, 157 p.

wissLes auteurs analysent, non les diverses théories, suffisamment connues, mais l’enjeu du débat orthographique, au moment historique où celui-ci se met en place : que considère-t-on alors comme théorie ? dans quel but participe-t-on au débat d’idées ? au nom de quoi promeut-on une réforme dans la vie sociale ? Les réponses articulées au XVIe siècle à propos du débat orthographique ont de quoi intéresser tout seiziémiste, voire tout penseur.

 

 

 

 

Coordination d’ouvrages collectifs

 

Populismes, dossier co-édité avec Anne Querrien, publié dans Multitudes 61, hiver 2015-2016

Le terme de « populisme » est généralement lancé et perçu comme une insulte : serait « populiste » tout discours politique qui flatterait les plus bas instincts d’une « populace » présupposée être ignorante et abrutie. Cela ne saurait ne saurait convenir à une revue qui s’efforce au contraire de reconnaître et de valoriser l’intelligence collective propre aux multitudes. Pouvons-nous pour autant nous contenter de renverser les valeurs dominantes en nous revendiquant d’un « populisme » (requalifié pour l’occasion « de gauche ») ? Suffit-il de condamner le « populisme » comme nous enfermant dans le peuple-tel-qu’il-est, et de nous référer plutôt à un peuple-qui-manque, à un peuple-à-inventer par des moyens activistes, artistiques, écologistes, philosophiques ? Voilà ce qui fait débat, et voilà ce que nous aimerions clarifier avec cette majeure. Ce dossier sera bientôt en libre accès en ligne sur Cairn à  cette adresse.

 

Ecopolitique du cinéma documentaire, publié dans Multitudes 61, hiver 2015-2016

Le numérique serait en train de dissoudre les institutions et les modes d’attention propres au cinéma. Un storytelling généralisé tendrait à fictionner toutes nos existences. Est-ce pourquoi le cinéma serait en train de (re)prendre un grand « tournant documentaire » ? Pour répondre à ces questions, ce dossier observe quelques tendances et réalisations récentes du cinéma européen. Il essaie aussi de comprendre l’importance d’une « éthique documentaire » qui se trouve être profondément écopolitique, en manifestant une résistance de la réalité, de la matière, de l’environnement, des affects, des subjectivités et des récits eux-mêmes, au sein du monde de synthèse agencé de façon toujours plus fluide par les technologies numériques. Ce dossier sera bientôt en libre accès en ligne sur Cairn à  cette adresse.

 

 

Humanités numériques 3.0, dossier publié dans Multitudes 59, été 2015

On commence à parler beaucoup d’« humanités numériques » pour désigner la façon dont la recherche en lettres, langues, philosophie, arts, histoire et autres sciences humaines étudie l’impact social et culturel des nouvelles technologies numériques. Ce dossier rassemble quatre contributions qui tentent de replacer ces questions et ces pratiques dans un cadre médiapolitique plus large : en distinguant trois strates au sein des humanités numériques ; en proposant un manifeste qui appelle les humanités à jouer un rôle actif dans le design, la mise en œuvre, le questionnement et la subversion des nouvelles technologies ; en repensant l’université autour de pratiques critiques de subjectivités en passe de devenir computationnelles ; en s’inspirant de l’archéologie des media pour proposer de nouveaux croisements entre recherche, arts et politique.

 

Imagination scientifique et littérature merveilleuse. Charles Tiphaigne de la Roche, co-éditeur avec Marianne Dubacq et Philippe Vincent, Presses Universitaires de Bordeaux, collection « Mirabilia », 201427000100806030M

Imagination littéraire et investigation scientifique sont longtemps allées de pair. Jusqu’au XVIIIe siècle, ce sont souvent les « mirabilia » – les miroitements du merveilleux – qui ont dynamisé à la fois les fictions narratives et les curiosités scientifiques. Les contributions réunies dans ce volume étudient un auteur méconnu, Charles Tiphaigne de la Roche (1722-1774), médecin normand, savant érudit et rêveur inlassable, qui offre un cas exemplaire du tissage étroit entre l’émergence des nouvelles sciences de la vie, une vieille sagesse critique inspirée de l’Antiquité et une imagination littéraire porteuse de merveilles en devenir. En parallèle avec la première édition critique des œuvres complètes de Tiphaigne actuellement en cours, cet ouvrage fait redécouvrir une figure inclassable et passionnante de notre histoire intellectuelle, esquissant, au cœur même des Lumières, la perspective d’une « alter-modernité », à la fois déroutante et admirable, qui reste encore largement à inventer.

 

Technologies de l’enchantement : pour une histoire transdisciplinaire de l’illusion, co-éditeur avec Angela Braito, ELLUG, Grenoble, 2014

Peut-on faire une « histoire de l’illusion » qui ne se confonde pas avec une litanie de dénonciations ? C’est le pari de ce livre qui propose une quinzaine de plongées ponctuelles dans différentes formes d’illusions. Allant d’un tableau de Jérôme Bosch au jeu vidéo Eternal Darkness, de l’aménagement des jardins des Lumières au marketing d’Apple, des fantasmagories scientifiques du XIXe siècle aux modélisations de l’économie néolibérale, de l’effet placebo à l’art contemporain, des premiers rayons X aux derniers drones, en passant par Lucrèce, Descartes, Diderot, Lessing, Freud, Hitchcock, Winnicott et Baudrillard, l’ouvrage explore une grande variété et formes de l’illusion. Cette réflexion collective est placée sous les auspices d’un article célèbre de l’anthropologue britannique Alfred Gell, « La technologie de l’enchantement et l’enchantement de la technologie », traduit ici pour la première fois en français. Des proues de canoë mélanésiennes à une sculpture de Picasso, prouesses techniques et créations artistiques semblent relever d’un même enchantement, par lequel les humains élèvent leurs cultures en s’illusionnant sur ce qu’ils sont capables de faire. Au carrefour des imaginaires scientifiques et des pratiques interprétatives développées par les savoirs littéraires, ce volume multiplie les perspectives et les croisements disciplinaires, pour finalement s’inscrire dans le champ émergent de l’archéologie des médias. À travers un parcours en six parties – consacrées à l’anthropologie, à l’esthétique, à la philosophie, à la scénographie, aux nouvelles technologies et à l’économie – il espère aider à nous orienter dans un monde déroutant, où les enchantements médiatiques nous immergent dans un bain d’illusions toujours plus prégnantes. Les dix-sept études réunies ici gravitent autour d’une même question: comment et pourquoi apprendre à vivre avec les illusions, au lieu de s’obstiner à se battre contre elles ?

 

Luttes de classes sur le Net, dossier publié dans Multitudes 54, été 2013

Peut-on encore parler d’« exploitation » lorsqu’on passe de l’usine à la tablette numérique, et du salariat au free labor ? Si oui, alors qui exactement exploite qui ? Comment nommer les nouvelles classes qui émergent à travers le web ? Comment repérer et interpréter leurs nouvelles formes de luttes ? C’est ce qu’essaie de cartographier ce dossier, en discutant ces réalités émergentes que sont le « playbor », l’« idéologie digitaliste », la classe « vectorialiste », l’« exploit » ou le « capitalisme mental » qui sert de corollaire à « l’économie de l’attention ». Nous avons besoin d’un nouveau vocabulaire pour identifier de nouvelles réalités. Ce dossier est en libre accès sur Cairn à cette adresse.

 

 

Le moment idéologique. Littérature et sciences de l’homme, co-éditeur avec Lise Dumasy, Lyon, ENS Editions, 2013, 250 p.moment

Que peut nous apporter aujourd’hui la lecture des Idéologues, ces penseurs qui ont reconfiguré le champ des savoirs au début du XIXe siècle ? La mise à jour d’un moment idéologique. Ce moment est celui qui voit une radicalité des Lumières se scinder entre divers branchements disciplinaires, entre diverses conceptions de la subjectivité et de l’émancipation. Le moment idéologique est un moment de passage, mais surtout de décantation. On y voit émerger, quoiqu’encore entremêlés et solidaires, ce que nous sommes habitués à distinguer : Lumières et romantisme, rationalisme et sentiment, radicalité et conservatisme, nécessité et volontarisme, colonialisme et soif d’altérité, science et littérature.
Les dix chapitres de cet ouvrage ont en commun de visiter ce moment idéologique à partir de questions concrètes, analysées sur des objets textuels précisément circonscrits : une fausse polémique, un cours d’histoire, une analogie hydraulique, des théories de l’imagination, des épisodes de réminiscence involontaire, un voyage à Alexandrie, un projet d’alphabet universel, une explication de l’amitié, une réécriture romanesque de la folle « science des idées ». C’est à partir de ces cas particuliers que prend forme une image d’ensemble du moment idéologique, où se révèlent à la fois la reconfiguration des champs du savoir et ce que cette reconfiguration a occulté : l’inséparabilité de ce qui devient alors, d’un côté, « la littérature » et, de l’autre, « les sciences » (de l’homme) – le moment idéologique nous faisant voir que ce sont les deux faces d’une même pièce.
Cet ouvrage édité par Yves Citton et Lise Dumasy regroupe des études réalisées par Claire Barel-Moisan, Muriel Bassou, Dominique Kunz Westerhoff, Daniel Lançon, Sarga Moussa, Jean-François Perrin, Mariana Saad, Jean-Pierre Schandeler et Stéphane Zékian.

Envoûtements médiatiques, co-éditeur avec Frédéric Neyrat et Dominique Quessada, n° spécial de la revue Multitudes 51 (hiver 2012), p. 58-149.envoutementjpg

Notre existence baigne dans le medium des médias. Paroles qui volent, écritures qui restent, lettres qui traversent l’Europe depuis des siècles, journaux quotidiens qui s’y diffusent depuis deux cents ans, télégraphe, téléphone, cinéma, radio, télévision, Internet, smartphone, Facebook : ça circule de plus en plus, toujours plus vite, toujours plus largement, toujours plus intimement. Tout cela ne circule toutefois plus ni entre des individus ni entre des machines : cela se diffuse à travers et en nous. Ce dossier est en libre accès sur Cairn à cette adressse.

 

 

Soulèvements, co-éditeur avec Sylvaine Bulle, Sandra Laugier et Anne Querrien, n° spécial de la revue Multitudes 50 (septembre 2012)soulevement

Pour son cinquantième numéro et ses douze ans d’existence, Multitudes a
ouvert ses pages à une multiplicité de collectifs en actes. Ils sont tous multiples, divers, éclatés, hétéroclites, irréductibles à quelque principe unifiant que ce soit. C’est peut-être la conscience de cette multiplicité et de cette irréductibilité qui constitue leur seul véritable point commun : contre un gouvernement tyrannique (en Syrie), contre les inégalités et les folies de la finance (en Espagne, aux USA), contre des politiques d’austérité (en Grèce), contre un blocus asphyxiant (en Palestine), contre la corruption autocratique (en Russie), contre la répression sécuritaire (omniprésente), contre les barrages (en Inde, au Brésil), contre le TGV (en Italie), contre la privatisation de l’éducation (au Chili, au Canada), contre l’étouffement néolibéral (en Roumanie, en Israël, à Paris), contre la domination masculine et les discriminations sexuelles (en Chine, en France et ailleurs) – ça se soulève de partout, mais partout selon des modalités, avec des visées et des motivations sensiblement différentes. Ce dossier est en libre accès sur Cairn à cette adresse.

 

 

Du commun au comme-un. Nouvelles pensées de l’agir-à-plusieurs, co-éditeur avec Dominique Quessada, n° spécial de la revue Multitudes 45 (mai 2011)commun

Qu’est-ce aujourd’hui qu’un collectif ? Telle est peut-être la question des questions qui se pose à notre époque. Sociologues et théoriciens de la politique y réfléchissent bien entendu depuis des siècles, mais elle devient de plus en plus urgente au fur et à mesure que nos modes d’interaction et d’interdépendance se complexifient, s’intensifient et se diversifient. Ce dossier est en accès libre en ligne à cette adresse.

 

 

Individus et communautés à l’époque des Lumières, co-éditeur avec Laurent Loty, dossier du n° 41 (2009) de la revue Dix-huitième siècle, p. 5-338individus

Notre présent hérite des transformations qui ont reconfiguré les rapports entre individus et communautés dans les pratiques sociales, la pensée, l’art et la littérature de l’époque des Lumières et de la Révolution. Pour mesurer la complexité de ce moment historique ainsi que ses enjeux actuels, il faut saisir l’individuation et le commun dans leurs complémentarités, leurs interpénétrations et leurs solidarités, bien plus que dans leur opposition. S’écartant des évidences trompeuses véhiculées par les mots d’« individualisme », de « communisme » ou de « communautarisme », les dix-huit articles rassemblés dans ce dossier pratiquent, chacun à sa manière et sur des objets d’étude volontairement excentrés, une démarche caractérisée par l’interdisciplinarité et par une perspective d’actualisation des problèmes abordés.
Les contributions réunies forment elles-mêmes une sorte de communauté, riche d’une diversité agencée sous la forme d’un dictionnaire tressant de multiples renvois d’une entrée à l’autre. Sous les auspices de l’ébauche du Serment du jeu de Paume par David, dont l’inachèvement et le destin mouvementé (davantage encore que la scène représentée) peuvent servir d’emblème à ce dossier, ce sont des processus d’émergence et de constitution, de délitement et de ravaudage qu’analyse cette ébauche d’abécédaire, à l’occasion des entrées Avatars d’un tableau, Communion (républicaine), Divorce, Esprit de corps, Essaim, Fraternité, Inoculation, Isolement, Métempsycose, Mœurs (État de), Polype, Public, Réseau, Sensibilité, Solitaires, Université et Utopie (des femmes), précédées d’un Avant-Propos qui problématise la définition de quelques termes de base.

La seconde partie de cette livraison propose un ensemble de 20 articles portant sur l’histoire, l’histoire des idées, la littérature (notamment 4 études sur Sade) et les sciences.
Des Notes de lecture, portant sur près de 200 ouvrages récents consacrés au 18e siècle, en forment la troisième partie.

 

 

Universités-multiversitudes, dossier publié dans la revue Multitudes n° 39 (2009), p. 49-133université

Les universités peinent de ne plus rimer avec l’universel : leurs fonctions et leurs statuts se pluralisent et se diffusent, pour le meilleur comme pour le pire. Cette majeure réunit dix contributions qui débordent la « crise » française en prenant la mesure commune (mondiale) de cette pluralité, afin de comprendre les tensions qui agitent les milieux universitaires comme résultant d’un ensemble de transformations caractéristiques de la phase cognitive du capitalisme. Elles cherchent du côté des résistances aux réformes de quoi faire apparaître les dynamiques profondes
qui transforment « l’université universelle » d’hier en myriades d’universités diffuses et multiverselles.

 

 

Spinoza et les sciences sociales : de la puissance de la multitude à l’économie politique des affects, co-éditeur avec Frédéric Lordon, Paris, Éditions Amsterdam, 2008, 281 p. ; réédition en format de poche, 2010spinoza

Que les sciences sociales du XXIe siècle puissent trouver à s’inspirer d’un penseur du XVIIe a sans doute de quoi surprendre. Il est vrai que, commençant avec la cause de soi, la substance et Dieu, la philosophie de Spinoza semble tout avoir pour décourager le non-philosophe… Elle n’en finit pas moins avec les passions individuelles et collectives, les institutions et l’imaginaire social, la constitution des corps politiques et leurs crises, les dynamiques de la rébellion – questions clés des sciences sociales. C’est pourquoi on ne devrait pas s’étonner de voir ici Spinoza dialoguer avec Foucault, Bourdieu, Mauss, Tarde ou Durkheim. Ni de voir les concepts spinozistes mis à l’œuvre dans l’analyse des affects communs, de la médiasphère de l’opinion, de la reconnaissance, des collectifs de travail comme communautés d’action, ou de la monnaie comme institution. Le tournant des années 1980 a vu la découverte d’un Spinoza politique, penseur de la puissance de la multitude, révélant une figure largement méconnue par la tradition critique antérieure. Ce mouvement de réinvention trouve ici son prolongement logique, dans un ouvrage qui esquisse une autre figure inédite : la possibilité d’un devenir spinoziste des sciences sociales.

Ce volume rassemble des contributions d’Yves Citton, Christian Lazzeri, Frédéric Lordon, Antonio Negri, André Orléan, Aurélie Pfauwadel, Pascal Sévérac et Philippe Zarifian.

 

 

Les Frontières littéraires de l’économie, co-éditeur avec Martial Poirson et Christian Biet, Paris, Desjonquères, 2008FrontLittWeb

La pensée économique a destin lié avec l’invention de la modernité, depuis son émergence à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècles jusqu’à son triomphe contesté de nos jours. Elle s’est progressivement imposée comme le modèle dominant de représentation du monde, à travers une colonisation progressive du langage, une reconfiguration de l’imaginaire collectif et un remodelage des consciences individuelles. De cette évolution, la littérature a présenté à la fois des symptômes, des réflexions critiques et des dépassements poétiques.

Le présent volume regroupe une douzaine d’études explorant quelques-unes des zones frontières où s’entrecroisent, depuis quatre siècles, discours économiques et discours littéraires. Il s’agit non seulement de mettre les problématiques économiques en regard avec leur traitement littéraire, mais aussi de mesurer en quoi les problématiques littéraires s’enracinent dans les processus économiques. Même si les oeuvres étudiées sont parfois vieilles de plusieurs siècles, les questions que posent ces analyses relèvent d’une éminente actualité. De Scarron à Proust, en passant par le théâtre du XVIIIe siècle, André Chénier, Isabelle de Charrière ou encore Emile Zola, les différents chapitres se recoupent autour de quelques questions centrales : comment articuler entre elles valeurs morales et valeurs financières, économie domestique et marchés spéculatifs ? Comment juguler la marchandisation de l’humain et de ses affects ? Comment gérer le commerce des biens culturels et symboliques, entre soifs de gloire et vœux de désintéressement ? Comment mettre en spectacle la vente de la chair (celle de l’esclave ou de la prostituée) ?

Au fil des modélisations croisées que se renvoient économie et littérature, il apparaît que la parole littéraire avait déjà mis en place, depuis plusieurs siècles, des sensibilités et des savoirs qui sont aujourd’hui encore largement en avance sur la discipline économique qui guide – souvent en aveugle et peut-être vers l’abîme – le destin de nos sociétés.

 

 

Noise music, dossier publié dans la revue Multitudes n° 28 (2007)

Que se passe-t-il quand le bruit devient musique ? Un (non-)genre musical contemporain poursuit ce questionnement et ces pratiques : la musique noise. Cette mineure se propose d’essayer de cartographier certaines de ses expressions actuelles, d’articuler certains de ses enjeux esthétiques et de comprendre de quelles formes de vie et de sensibilité il occasionne le développement. Il s’agira à la fois de fournir des clés d’entrée et des voies d’exploration au lecteur qui ne connaîtrait rien de ces musiques, et de rendre compte du désir dont elles sont porteuses, que les auteurs du dossier partagent et qui leur semble en demande de théorisation. Ce dossier est disponible en libre accès en ligne sur Cairn à cette adresse.

 

 

 

Jazz : Puissance de l’improvisation collective publié dans la revue Multitudes n° 16 (2004)

La pratique de l’improvisation collective développée par les musiciens (initialement afro-américains) des cinquante dernières années sous le nom de « free jazz » est porteuse de riches enseignements politiques sur les modes d’organisation des collectivités humaines. Ce dossier propose diverses contributions qui donnent la voix aux musiciens eux-mêmes, ainsi qu’à certains analystes qui renouvellent notre écoute et notre appréciation de ces expériences musicales, et plus que musicales. Ce dossier est disponible en libre accès en ligne sur Cairn à cette adresse.

 

 

 

 

Edition de textes

Mémoires secrets (dits de Bachaumont), tome IV (1768-1769), dans le cadre de l’édition scientifique dirigée par Christophe Cave, Paris, Champion, 2009, volume II, p. 879-1224 ms4

 

 

Giphantie et L’Empire des Zaziris, en collaboration avec Marianne Dubacq, in Charles Tiphaigne de la Roche, Œuvres complètes, éd. dirigée par Jacques Marx, à paraître aux éditions Garnier Classiques en 2015.

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